04/10/2006
June And I (The D Day)
Oui, c’est le jour J. Nous sommes le mercredi 4 octobre 2006, je passe ma première audition professionnelle au Cours Simon.
Je suis inquiète car je n’ai pas le trac. Je me sens si sereine que j’ai l’impression d’être une montagne d’orgueil. Ainsi, puis-je réellement penser que je suis à la hauteur de ce rôle magnifique, incarné par les plus grandes ? Puis-je réellement croire que je suis prête, complètement prête ?
Non, non et non ! Je ne le puis ! Certes, je sens en moi une immense insatisfaction, cela pourrait être rassurant et prouvé ma dévotion totale. Mais cette bouffée de chaleur qui ne quitte plus ma poitrine, que signifie-t-elle ? Est-ce une fierté malsaine, une assurance déplacée ? Me connaissant j’en doute et pourtant…
Peut-être est-ce le début de mon épanouissement artistique… Peut-être ce sentiment de plénitude doit-il être associé à un apaisement théâtral nécessaire… Peut-être suis-je ridicule de me poser tant de questions et peut-être ai-je simplement appris à gérer mon appréhension coutumière.
Je crois que ma scène est programmée pour 20h30/21h00. Cela me laisse le temps de me préparer, de revêtir ce simple drap blanc comme une toge, de libérer mon visage des mèches châtaignes qui s’y égarent et d’approfondir mon regard à l’aide d’un long trait de khôl. Je ne pourrais être véritablement Junie que si je suis vêtue comme elle… Le costume est si décisif à mes yeux !
Il me semble que ma scène dure une dizaine de minutes. Puis je devrais dire ce texte que j’ai choisi et travailler de manière totalement autonome. Ce sera Ballet de Stuart Merrill, un poème sulfureux qui me fait frissonner par avance.
A ceux qui me lisent je donne rendez-vous entre jeudi et vendredi, lorsque je saurais si j’ai réussi ou échoué. Je croise les doigts, j’espère avoir une note pleine de gaîté à écrire prochainement.
14:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19/09/2006
June And I (2)
J’ai été Junie hier. De 18h00 à 23h45, officiellement.
Officiellement encore, le cours du lundi est censé commencer à 19h00 et finir à 22h00. Officieusement Cyrille nous attend à 16h00 jusqu’à environ minuit, ou jusqu’à ce que nous tombions tous évanouis, vidés, épuisés, comblés par tant d’heures de jouissance ininterrompues...
Néron, mon partenaire Néron, l’infâme, le capricieux, l’hideux, le pauvre Néron… Amoureux de Junie, amante de Britannicus le frère détrôné par les soins de la mère, Agrippine. Histoire antique, thème intemporel.
Hier pendant l’heure bénie qui nous a été consacrée, j’ai été Junie, l’incorruptible Junie. « Une petite flamme qui vacille mais ne s’éteint jamais »
Une incarnation de la sincérité, d’une pureté qui ne peut plus exister dans un monde comme le notre. Une femme aimée, désirée, déchirée, une femme en somme, avec son lot de femme.
Un rôle merveilleux. Je craignais de ne pas être à la hauteur, je craignais d’être trop jeune encore. Mais non, je le peux. J’ai trouvé dans les vers de Racine une fluidité qui me les rend accessibles. Ma bouche s’est familiarisée avec les alexandrins et je n’ai plus à compter anxieusement mes syllabes. Instinctivement ma voix prend de l’ampleur, apprend cette force tragique. L’émotion me nargue encore un peu… Elle est là, face à moi, comme un reflet malicieux, comme une ombre qui se serait détachée de moi. Pour le moment je suis trop enfant encore dans mes expressions, je le sais. Mais la justesse est là, je la touche parfois du doigt. Ca arrive, patience.
Patience…
13:09 Publié dans Les Planches | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18/09/2006
June And I
Je rentre chez moi, Cours Simon. Je me réinscris, remplis cette petite fiche verte et y colle une photo d’identité qui représente tout sauf ce que je suis réellement. Je rencontre pour la première fois Cyrille, le professeur qui donne les cours aux postulants pour la première année de formation.
Oui, car on n’entre pas comme ça en formation professionnelle chez moi. Même moi qui me sens chez moi, je vais devoir passer une première audition, attendre le verdict de Cyrille, puis faire ce stage d’un mois durant lequel je travaillerais une scène ainsi qu’un texte personnel. Puis une deuxième audition, plus d’appréhension encore et enfin la réponse à l’existentielle question qui réveille la nuit en donnant des sueurs froides. Pris ou pas pris ?
J’ai passé ma première audition avec une scène d’Electre de Jean Giraudoux. Rôle d’Electre pour moi bien sûr. Silence après mon passage, on n’a pas le droit d’applaudir pendant une audition, c’est la règle de la maison. Je n’ai pas le trac, au regard que Cyrille pose sur moi je comprends que quelque chose s’est passé. Quoi au juste ? Je n’ai même pas envie de le savoir. Je suis encore Electre qui sait sans exprimer toujours, qui sait mais qui est trop éprise de la lumière de la vérité pour vainement essayer de la transcrire en pensées cohérentes. Il penche son visage un peu plus vers moi et scande : « Alors Mademoiselle Atchoum (il m’a immédiatement donné ce surnom, il trouve que mon patronyme malgache est trop difficile à prononcer…) veuillez passer dans le bureau. J’ai vu ce que j’avais à voir. »
Pas d’encouragement, pas de jugement de valeur. Doucement Electre me quitte, je redeviens la petite comédienne qui attend qu’on décide de son sort. Je reste cependant confiante, j’ai donné ce que j’avais à donner.
Dans le bureau je peux étudier le visage de Cyrille pour la première fois. Un front et des yeux bleus de jeune premier. Une bouche qui a du être belle quand elle était encore ferme. Aujourd’hui elle est dure, toujours expressive, elle donne l’air de souffrir sans cesse. Les traits sont affaissés, à la fois flasques et tendus, je suis fascinée par ces longues rides qui, pour moi, résultent d’une vie entière consacrée à la recherche de l’Expression. Je le trouve vieux et beau, pathétique et impérial. Il me plait, ce sera un merveilleux professeur je le sais d’avance.
Il m’observe aussi et se lève soudainement. Avec ses mains tremblantes, aux longs doigts agiles, il farfouille dans la bibliothèque puis envoie s’échouer sur le bureau un vieil exemplaire de Britannicus, de Racine évidemment.
« Tu es Junie. »
Je suis Junie, d’accord.
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